2014 Trilogie de l’enfer / M. Wijckaert

Du 24 janvier au 15 février 2014 , Théâtre la Balsamine, Bruxelles

Du 11 au 15 mars 2014, Théâtre de Liège

Une nouvelle trilogie est écrite…
Sous le titre de “Trilogie de l’enfer”. Celle-ci est en quelque sorte le rebondissement narratif de la trilogie précédente qui s’intitulait “Table des Matières, récit ” et qui puisait sa matière dans la Famille, avec la caractéristique dominante d’une Mère absente bien qu’inspiratrice de l’ombre. Le personnage de la Fille en irriguait les trois textes, sorte de double en anamorphose qui, d’initiatrice d’un paysage familial tronqué, poussait le modèle jusqu’à la légende où l’histoire se pulvérise dans l’Histoire.

Avec ” Trilogie de l’enfer”, ce sera la Mère, jusqu’alors grande absente, qui s’imposera et ouvrira le bal. Et à nouveau sur les traces de l’histoire dans l’Histoire. Pour se pencher derechef sur la transmission et laisser se déployer cette fois une sorte de cartographie existentielle relative aux solitudes et aux dépendances. Selon trois volets qui, pour la circonstance, seront exécutés en continuité, à l’instar d’une symphonie en trois mouvements et dans le cadre d’une scénographie unique mais en transformation continue.

Ecrit comme une « Annonciation » à l’envers, le premier volet, intitulé « en dessous de l’enfer, l’amour » place la Mère en majesté, avec son collier en or, mais dans des circonstances particulières, selon l’unité de temps revisitée de ses propres funérailles et au rythme des activités s’y développant jusqu’à la crémation. Equipée de la liberté ubiquiste des morts, la Mère observe sa fille Béatrice présente à la cérémonie et s’adresse à elle selon le principe d’une discussion monologuée, si bien que ce volet affiche avec le thème de l’amour une proposition antithétique de la mort. La question de l’amour y est centrale, autant que dérisoire et historique : la Mère morte parlant de ses amours avec le Père au « produit » de celles-ci, à savoir sa fille. Et on peut donc dire ici que, pour parler d’amour, le mort saisit le vif puisque le concret de la crémation fait débat sur la question des origines et de la transmission. Cependant, la question de l’amour soulevée au premier volet ne fera en sorte que reculer pour mieux sauter ultérieurement, témoin le déploiement thématique du deuxième volet, intitulé « l’enfer, l’alcool » qui, loin de l’amour, se fonde exclusivement sur la transmission de l’être au monde et a besoin pour ce faire de la convocation d’un père spectral présent par discours indirect. Béatrice, en Eléphant gris se voyant rose, devient le personnage central d’une « Noce de Cana » athée, où c’est désormais le délire qui s’adresse au délirant. Béatrice s’adresse donc à d’invisibles chérubins, véritable descendance « virtuelle », poupons non-nés mais bien concrets cependant dans sa biosphère sous influence. Cette adresse prend la forme d’un récit initiatique où la fille Béatrice et le Père cette fois, convoqué par le mécanisme du discours indirect, se livrent à un débat dialogué relatif à la transmission et qui sera celle du triomphe du néant où plongent avec félicité Béatrice et sa cohorte de chérubins, avec la bénédiction du Père. Il n’est donc pas question dans ce deuxième volet d’une réponse de la fille à la mère sur la question de l’amour mais bien d’une rupture radicale qui est déni générationnel. C’est un pavé dans la chaîne attendue du temps, par relaps : Béatrice remonte jusqu’à l’invalidité paternelle face au néant et concrétise en fait son accomplissement. Ici donc, le vif saisit le néant.

Le troisième et dernier volet, intitulé « au dessus de l’enfer, la guerre » se dispose en analogie par rapport au premier puisqu’enfin la question de l’amour y ressurgit pleinement sous forme d’un hymne à l’amour proféré par la toute jeune Béatrice dans l’extrême solitude d’un « Jardin de Gethsémani » et où le néant saisit l’être. Effroi primitif et fondateur, il clôt cependant la trilogie selon une rétrogradation qui est prophétie.

Ces trois paroles solitaires composent trois espaces simultanés dans la mesure où elles s’emboîtent et s’incluent l’une l’autre : depuis la bouche iconique de la morte, un flot de barrage se libère, puis se vide dans un puits sans fond, enfin se clôt sur une sidération.

Cette symphonie en trois mouvements sera constituée d’un nombre restreint d’éléments plastiques – mais qui se déclineront à l’infini – à l’instar du flux de ces trois paroles nues agissant sur l’espace/temps au même titre que la palette des éléments. Le « milieu » ici mis en place influera donc sur la physique et la métaphysique du texte et inversement. Car le texte aussi est matière, au sens premier du terme.

Martine Wijckaert.

 

“Langue puissante, sauvage, poétique et belle, dans ce spectacle fort, constitué de trois monologues, sortes de logorrhées expectorant une poésie morbide, lugubre, dans un langage magnifique, fleuri mais noir. (…)
Imaginée par Thomas Turine, la bande-son joue un rôle important dans ce spectacle saisissant, écrit et mis en scène par Martine Wijckaert. Répondant au décor sonore, celui de la scène, épuré, met d’autant plus en valeur les éléments qui s’y trouvent: une sorte de grande nature (déjà) morte. Yvette Poirier en mère indifférente et impitoyable et Véronique Dumont en femme-éléphant s’adressant à ses chérubins restés dans les limbes sont époustouflantes. La tirade finale échoit à Héloïse Jadoul qui ne se laisse pas démonter par ces deux performances. La jeune comédienne ne jure pas dans le tableau hallucinant que forme cet infernal trio.” Bernard Roisin in L’Echo du samedi 8 février 2014.

 

 

 

Avec
Yvette Poirier, Véronique Dumont et Héloïse Jadoul
Écriture et mise en scène
Martine Wijckaert
Assistante à la mise en scène
Astrid Howard
Scénographie
Valérie Jung
Lumières
Stéphanie Daniel
Costumes et accessoires
Laurence Villerot
Création son
Thomas Turine
Interprétation sonore / jeu
Marc Doutrepont
Création vidéo
Jacques André
Opérateur prise de vue
Ryszard Karcz
Direction technique
Fred Op de Beeck
Oiseleur
Tristan Plot
Régie spectacle
Mathieu Bastyns
Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s